Faire un métier “A part” 4



“Et toi, tu fais quoi dans la vie?”

C’est en substance la question que l’on nous pose le plus souvent lors de nouvelles rencontres.
C’est aussi le sujet qu’a choisi d’aborder Anya dans l’un de ses récents articles “Et sinon tu fais quoi dans la vie“.
Elle s’interroge sur le pourquoi de cette question, faisant un métier qu’elle qualifie de “sérieux” elle ne souhaite pas être jugée sur son activité professionnelle.
Bien sûr, de nos jours nous sommes nombreux à avoir un job “alimentaire”, un boulot qui ne correspond pas à notre personnalité ou qui n’est pas une passion… Quel intérêt alors à répondre à cette question, puisque notre métier n’est pas “nous”?
Quel intérêt puisque ce n’est pas à travers le travail que la plupart d’entre nous s’épanouissent…

Certaines dans les commentaires ont suggéré que c’était une question “basique” qui sert d’amorce à une conversation plus poussée. On peut penser que si la réponse que l’on donne à notre interlocuteur ne lui convient pas la discussion sera alors écourtée…
On peut aussi penser que cette question est posée par certains uniquement dans le but qu’on la leur retourne, pour se faire valoir car certains jugent avoir un métier “supérieur”.
Dans les faits, bien souvent la personne que l’on vient de rencontrer ne s’intéresse pas vraiment à notre réponse.

Il y a ceux qui catégorisent les gens en fonction de leur allure, de leur métier et qui se comparent à eux. Ils ont besoin de reconnaissance, et la conversation est souvent courte.
Il y a ceux qui s’intéressent aux gens et qui passent très vite à d’autres questions qui sont susceptibles de mener à un échange intéressant.

atelier Unik

Faire un métier “à part”

Il y a ceux qui sont mal à l’aise parce qu’ils ne font pas un “vrai” métier… Maman au foyer, strip teaseuse ou illustrateur…
Il y a ceux qui font un métier qu’ils n’aiment pas, d’autres un métier mal considéré, d’autres encore qui font un métier “qui en jète”.
On peut choisir d’éluder la question en répondant quelque chose du genre “Je planifie mes prochaines vacances en Alaska” ou “Je termine de lire l’intégrale de Tchoupi” (oui, ne cherchez pas c’est venu comme ça… c’est tout de même plus abordable que Zola!). Mais inévitablement on nous répondra “oui, mais comme métier!”.

J’ai été dans cette situation. Lors d’un mariage, rencontre avec un couple… J’élevais alors mes enfants. C’était un choix, réalisé suite à quelques concours ratés (avec une formation en science de l’éducation c’était dans l’enseignement, ne me jetez pas de cailloux!), et à des années de CDD et d’intérim (en parallèle des concours) dans diverses boites. Des métiers de “secrétaire”, “préparatrice magasin”, “webmasteur”, “formatrice”… Boulots qui ne me plaisaient pas réellement, incertitude sur la reconduction des contrats…
J’ai décidé que je voulais passer quelques années avec eux, parce qu’après il serait trop tard. J’ai pris un congé parental. La dernière entreprise qui m’employait m’ayant promis de me reprendre par la suite.
Seulement la boîte a fermé entre temps… Et avec mes diplômes aucun travail ne me correspondait, évidemment…
Et là, cette fameuse question “Et toi, tu fais quoi dans la vie?”
Il va sans dire que la réponse “j’élève mes enfants” n’a pas suffi. Elle a été très vite suivie d’un “et après?”.
Etre mère au foyer n’est pas reconnu comme un métier, ça ne nous donne pas de place dans la société, aucune considération, aucun salaire, zéro reconnaissance… Je me suis pris tout ça en pleine figure. (Si tu ne l’as pas lu tu peux aller voir mon précédent article “être maman“, et tous les liens qui y sont listés en bas de page!)
Comme si élever des enfants n’était pas suffisant, qu’il fallait absolument qu’il y ait un après, qu’il fallait me mettre dans une case.
Il n’y a pas de case pour moi.
J’ai fait une dépression.
Et pourtant je suis convaincue que cette question n’avait pas pour but de me mettre mal à l’aise!

Oui, une simple question aussi anodine m’a chamboulée, m’a remise en face de mes échecs passés, m’a rappelé l’incertitude liée au futur. M’a fait prendre conscience aussi que maman au foyer ça ne me permettait pas d’obtenir quelque forme de reconnaissance que ce soit…
Grâce à mon homme, j’ai réalisé que mes échecs n’en étaient pas. Ils m’ont permis de me trouver, de me réaliser d’une autre manière que celle que j’avais prévue à l’origine.
J’ai alors décidé de me créer ma propre case et j’ai senti que ce serait grâce à la couture, que je pratiquais depuis mes douze ans. J’ai décidé de vivre mes rêves, d’essayer de vivre de ce qui m’anime et d’écouter cette toute petite voix “tu peux le faire!”. En réalisant que non ; tout le monde ne sait pas être mécanicien, plombier ou… couturière ; j’ai décidé de mettre mon savoir faire au service des autres, histoire de joindre l’utile à l’agréable.

Aujourd’hui, je fais un métier “à part”… Je ne suis pas toujours comprise. Pour preuve ma conseillère à pôle emploi qui après que je lui ait expliqué mon projet m’a répondu “oui, mais il me faut votre CV, qu’on réfléchisse à ce qu’on peut vous trouver comme METIER à côté de votre passion.
Bah oui, créatrice textile, voyez vous c’est pas un métier…
Elle a compris ensuite et m’a soutenue dans ma démarche. Mais il n’empêche que dans la tête des gens, certains métiers n’en sont pas vraiment…

Il y en a aussi qui ont un “vrai métier” qu’ils finissent par quitter pour réaliser leur rêve, leur passion. C’est le cas de Sti, l’illustrateur de “Michel”, (…) rencontré lors d’un salon. Il nous a expliqué qu’à la base il a une formation d’ingénieur informaticien et qu’il a fini par quitter son travail de développeur pour essayer de vivre de sa passion…
“Evidemment côté finances, c’est pas la même chose!” mais pour lui dessiner tous les jours c’est un bonheur qui n’a pas de prix.
Bien sûr j’imagine que pour de nombreux illustrateurs ce doit être compliqué d’expliquer à leur progéniture que si, papa/maman travaille… même si c’est un dessin!
Mais j’espère qu’au moins eux ils ne chercheront pas de réponse convenue et stéréotypée à la question “et toi, tu fais quoi dans la vie?”.

Et toi, tu as déjà posé cette question? Tu penses quoi de ceux qui ont choisi (ou pas d’ailleurs) un métier “à part”.
Non, je ne te demanderai pas ce que tu fais dans la vie… sauf si tu me réponds que tu réalises tes rêves ♥ (Et là, je veux bien les détails!)

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A propos de Delphine

Maman de deux grands enfants et tata d'adorables petits loups. Je couds et bricole... Un peu pour moi, beaucoup pour faire plaisir. La machine à coudre est mon amie depuis mes 12 ans (soit à peu près une éternité, surtout aux yeux de ces chères têtes blondes).

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4 commentaires sur “Faire un métier “A part”

    • Delphine@Unik Auteur de l’article

      Ah mais Poulette, qu’on se comprenne bien hein… J’adore ma vie, et je n’ai pas du tout envie d’en changer 🙂
      En particulier depuis que j’ai trouvé ma voie. Parce que avant ça, je me sentais un peu vide finalement.
      Là, je suis la seule de la maisonnée à dire “chouette, demain c’est lundi” 😀 (Bon, du coup je le pense seulement… je ne veux pas les narguer avec mon immense bonheur ^^)
      Merci de ton message
      Des bises

  • Eclectik Girl

    je ne pensais pas que mon article allait ainsi faire réagir,
    et meme si d’un autre point de vue (métier artistique, ou mère au foyer, au lieu de “métier (trop)sérieux” comme le mien), la problématique reste la même : le regard et le jugement des autres.
    Devoir se justifier … et c’est fatiguant parfois !!

    Tu as la chance de pouvoir te réaliser dans ta passion, d’etre au contact de tes enfants, et ça, ca n’a pas de prix !

    • Delphine@Unik Auteur de l’article

      Je suis bien d’accord avec toi Anya… Le regard des autres est pesant. Ceci dit, maintenant je me sens vraiment en accord avec moi-même et j’accorde moins d’importance à ce qu’en pensent “les gens”.
      En effet, j’ai la chance de voir grandir mes enfants. Et même devenus grands ils ont encore besoin de soutien et de présence! (Chose que je n’imaginais pas quand ils avaient deux ou 3 ans). J’espère pouvoir leur apporter une certaine sérénité et un équilibre, ce qui me paraissait paradoxalement impossible en étant “maman au foyer qui ne s’assume pas”.