Harcèlement scolaire : soyez vigilants!


Ce 3 novembre a lieu la deuxième journée nationale contre le harcèlement scolaire.

Comme moi, vous avez peut-être vu le film diffusé il y a peu de temps “Marion, 13 ans pour toujours”. Ce film raconte l’histoire de Marion Fraisse -jeune collégienne sans histoire- qui a mis fin à ses jours suite au harcèlement qu’elle a subi au collège et sur les réseaux sociaux.

Cette histoire, forcément bouleversante m’a remuée pour plusieurs raisons:

  • Ayant moi même une adolescente, elle m’a projeté directement dans la tête de Norah Fraisse, la maman de Marion.
  • Elle m’a mise face à ma responsabilité de mère (d’enfants donc potentiellement harceleurs ou harcelés)
  • Elle a mis en évidence le refus de nombreuses personnes de voir la gravité de la situation (parfois parents y compris) par confort, ou ignorance des conséquences potentiellement dévastatrices.

12% des écoliers (CE2, CM1, CM2),10% des collégiens et 3,4% des lycéens souffrent de harcèlement

Source : Gouvernement.fr

Selon un sondage réalisé en 2013 55% des enfants de 6 à 18 ans ont répondu oui à la question « je peux être harcelé ou ennuyé par d’autres enfants ou jeunes »

Source : TNS Sofres

 

Dans le film, la situation s’aggrave progressivement et on voit Marion malmenée, bousculée et c’est évidemment très dur. Mais ce n’est qu’un des aspects du harcèlement, le plus visible et identifiable. Les insultes répétées sur les réseaux sociaux en sont un autre.

Malheureusement il y a bien d’autres cas où le harcèlement peut prendre des formes bien plus pernicieuses, sournoises. Mais il ne faut pas se méprendre, le harcèlement sous toutes ses formes est dévastateur et laisse des traces.

harcelement

 

Alors le harcèlement, c’est quoi au juste?

Le harcèlement se fonde sur le rejet de la différence ou sur la stigmatisation de certaines caractéristiques comme:

  • L’apparence physique (poids, taille, couleur ou type de cheveux)
  • Le sexe, l’identité de genre (garçon jugé trop efféminé, fille jugée trop masculine, sexisme), orientation sexuelle ou supposée
  • Un handicap (physique, psychique ou mental)
  • Un trouble de la communication qui affecte la parole (bégaiement/bredouillement)
  • L’appartenance à un groupe social ou culturel particulier
  • Des centres d’intérêts différents

En somme, le harcèlement peut concerner n’importe qui et ça explique parfaitement bien la volonté de nos enfants à se fondre un maximum dans le moule, pour se rendre le plus discret possible aux yeux des autres.

Le harcèlement est avant tout un ensemble d’actes répétés. C’est le caractère récurrent qui différencie le harcèlement d’une dispute banale.

On met souvent en avant le caractère violent (au sens de violence physique) du harcèlement, mais il ne faut pas négliger les violences verbales et psychologiques.
Les violences verbales sont par exemple des insultes ou brimades verbales d’un élève isolé ou d’un groupe d’élèves (souvent constitué d’un meneur et de suiveurs) envers un autre élève. Souvent axées sur le physique, ces brimades sont banales et sous couvert d'”humour” les auteurs s’en donnent à cœur joie pour dire des méchancetés.

Le caractère répétitif de ces agissements place la victime dans une spirale négative qui lui fait perdre confiance en elle et dès lors ne trouve plus les mots pour se défendre. “Si tout le monde le dit, c’est que ça doit être vrai…”.

L’isolement est un autre mécanisme qui participe au harcèlement. N’avez vous pas souvenir d’un élève rejeté par tous les autres, qui passait ses récréations seul, était seul à la cantine ou jamais choisi pour des activités de groupe?
Ça peut être difficile à repérer de l’extérieur. Ces enfants rejetés paraissent parfois intégrés dans un groupe, mais y subissent constamment des moqueries, ou y sont victimes de chantage à l'”amitié” (Si tu me donnes ton goûter, je te choisis dans mon équipe au sport).
De fait, l’enfant se retrouve d’une manière ou d’une autre isolé du groupe classe, seul contre tous. C’est toujours lui la cible des “blagues” répétées, des vols (…).
Les cas de violence psychologiques sont nombreux, et atteignent d’autant plus un enfant isolé.

Les réseaux sociaux peuvent donner de l’ampleur à ce harcèlement, et ne laissent alors aucun répit à l’enfant qui en est victime. Faut-il le rappeler, l’ouverture d’un compte facebook n’est en théorie possible qu’à partir de 13 ans. Et il est indispensable d’accompagner les enfants et de les aider à utiliser ce réseau d’une façon adéquate (en n’y partageant pas tout en mode public par exemple, et en protégeant sa vie privée du mieux possible).
Cette année la campagne de sensibilisation concerne justement le cyber harcèlement.

A quel moment faut-t-il s’inquiéter?

Maux de ventre, maux de tête, fatigue intense…

Les enfants victimes de harcèlement préfèrent souvent rester chez eux plutôt que d’affronter une nouvelles journée d’école. Parfois ils s’inventent des maux pour pouvoir échapper à une interro, mais parfois c’est pour échapper à leurs harceleurs. Là encore le caractère récurrent est un indice. Et le mal être, qui lui est loin d’être factice peut lui même engendrer une déprime voire une dépression.

Changement de comportement

Pas facile de faire la différence entre un ado sans histoires et un ado qui va mal. Les ados se réfugient souvent dans leur chambre, et sont assez secrets sur leur vie. Toutefois un ado qui devient brusquement agressif a probablement eu une journée difficile. Un ado qui perd soudainement l’appétit a peut-être un problème avec son image (les ados sont très sensibles à leur apparence). (…)

Baisse des résultats scolaires

Souvent c’est LE critère déterminant aux yeux des professeurs : résultats excellent et comportement irréprochable sont pour eux le signe que “tout va bien”. Et en effet, une baisse brutale des résultats ou un changement notable de comportement peuvent tout à fait s’expliquer en cas de harcèlement. Ceci dit, des résultats excellents ET QUI LE RESTENT ne sont en rien une garantie que tout va bien pour votre enfant!
En effet, les “intellos” sont souvent une cible privilégiée pour les harceleurs.

Il faut savoir que de nombreuses personnes tenteront de minimiser les faits. Si les résultats scolaires ne sont pas en baisse ou qu’il n’y a eu aucune violence physique (et donc pas de preuve), il est bien plus confortable de se dire que c’est passager, que ça va passer et que ce ne sont que de petites disputes banales entre enfants. Parfois même on accuse l’enfant de ne pas faire d’effort pour être plus sociable ou avenant, niant alors son identité, sa personnalité et sa souffrance.

Je suis inquiet : je fais quoi?

Le dialogue entre vous et votre enfant est déterminant. Le laisser s’exprimer, le rassurer s’il se sent victime et établir une stratégie avec lui.

Vous pouvez envisager de contacter l’établissement scolaire, et c’est souvent notre premier réflexe de parent. Mais bien souvent (et quand c’est possible) les enfants préfèrent gérer ça tout seuls, sans l’intervention des adultes. En effet, confrontés à un groupe l’intervention d’un adulte n’aura sans doute pas un effet décisif, et votre enfant sera désormais qualifié de “balance” et aura à faire face à des “camarades” encore un peu plus remontés contre lui.
Je préconise donc davantage une discussion avec la CPE ou le directeur, sans intervention parmi les élèves dans un premier temps. Et uniquement dans le cas où l’enfant n’aurait pas réussi à s’en sortir avec ses propres armes.

Vous pouvez aider votre enfant à trouver des pistes pour s’en sortir tout seul. L’aider à affûter ses flèches comme dirait Emmanuelle Piquet. Je vous recommande d’ailleurs la lecture de son livre “Te laisse pas faire ! : Aider son enfant face au harcèlement à l’école“. ou de celui-ci “Je me défends du harcèlement” (du même auteur).
Pour un jeune garçon, poursuivi sans relâche dans la cour de récré par une jeune fille pour le moins pot de colle, ça peut être de lui dire “Non, mais tu es amoureuse de moi, ou quoi?!” (au lieu du très probable et habituel “mais arrête, je n’aime pas que tu me coure après sans arrêt!”).
Il est frappant de voir à quel point l’attitude d’un enfant ayant une répartie en tête change radicalement! Et vous vous en doutez cette attitude conquérante est une des clé du succès.

Enfin, quand le climat d’une classe est définitivement devenu trop lourd, un changement de classe (ou d’établissement le cas échéant) peut être tout à fait salvateur, permettant une renaissance en quelque sorte. Mais bien entendu dans tous les cas l’accord et la participation de votre enfant sont des gages de réussite.

Enfin voir un psychologue pour l’aider à reprendre confiance en lui peut être un plus non négligeable.

Quelques pistes supplémentaires sont à explorer sur le site nonauharcelement.education.gouv.fr

Sachez également qu’il existe un numéro vert: le 3020 ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h (sauf les jours fériés). Si votre enfant ou vous même avez besoin d’une écoute ou de conseils c’est une piste supplémentaire.

En tout cas, si j’avais su jamais je n’aurai dit à ma fille “laisse tomber”, “ignore les”, “ce n’est pas grave, ce ne sont que des bêtises”.
Sachez que face à un harceleur l’ignorance ne fonctionne jamais.
Désormais, je dis “Défends toi… Te laisse pas faire!” (quitte à finir avec une colle ou un mot pour “légitime défense”, mieux vaut ça que l’enfer du harcèlement!).

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