La crise d’ado n’existe pas. 1


J’imagine d’ici la tête de certains parents, médusés de lire une énormité pareille : comment ça, la crise d’ado n’existe pas?!
Et quand mon enfant claque les portes, me tient tête, ou qu’il passe ses journées enfermé dans sa chambre et les soirées les yeux rivés sur son téléphone… Il ne fait pas sa crise, peut être?

Je vais vous dire le fond de ma pensée…
Non. Il ne fait pas une “crise”. En tout cas, pas plus que nous, parents, quand nous perdons patience et nous mettons à exiger de notre “ado” qu’il obéisse aveuglément.
Je crois que le terme crise, malheureusement trop souvent entendu est porteur d’une négativité qui nous paralyse.
Crise d’ado, crise financière, crise d’asthme, crise de la quarantaine, crise d’angoisse, crise de foie, crise écologique, crise cardiaque … Rien de réjouissant ni de positif dans toutes ces formulations.
Je suis d’accord, il n’y a rien de réjouissant non plus à être dans l’affrontement avec son enfant.
Rien de réjouissant à le voir mal dans sa peau et se sentir impuissant.
Rien de réjouissant à se poser mille questions, et s’effrayer de ce qui pourrait lui arriver de pire… D’autant plus que nous, parents, avons tendance à transposer les souvenirs de notre propre adolescence.

Credit photo : Ryan McGuire

Et pourtant…
En tant que maman d’ado, je peux aussi vous affirmer que c’est un pur bonheur de voir ses ados grandir, avoir des passions, devenir responsables, avoir de grands rêves et des paillettes plein les yeux. C’est un pur bonheur de pouvoir avoir des conversations avec eux, d’égal à égal. De constater qu’ils sont réfléchis, qu’ils ont des avis éclairés sur les sujets qui les intéressent…
Quand je regarde mes enfants, ça me surprend toujours qu’ils soient déjà si grands.
Ils me rendent si fière.

Aux origines du mot “crise”

L’étymologie du mot crise nous renvoie au Grec “Krisis” qui signifie jugement, décision. La crise correspond alors à un moment charnière, ce qui reflète en effet plutôt bien la crise d’adolescence, mais aussi la crise de la quarantaine.

On retrouve également aux origines du mot le latin “Crisis”, qui renvoie à la manifestation violente et brutale d’une maladie.
“Violent et brutal”, pas étonnant que de nos jours encore le terme “crise” ait une connotation si négative. Il véhicule encore ce caractère soudain et désagréable d’un événement non désiré.

Alors oui… Aux yeux de bien des parents, il s’agit bien d’une crise.
La littérature et les magazines regorgent d’ailleurs d’articles sur “comment gérer la crise d’adolescence”, cette “fameuse crise, si violente”.
On vous y explique à grand renfort de recettes éprouvées qu’il faut communiquer avec vos ados, sans les étouffer. Etre patients, rester à l’écoute et disponibles, mettre des limites en restant souples…
On peut y lire que si votre ado n’est pas en crise, alors il restera dépendant et immature… Et que la crise surviendra de toutes façons, tôt ou tard. De quoi vous empêcher de dormir…

Mais… Et si on arrêtait de considérer nos ados comme s’ils étaient encore des enfants?

Ce qui précisément horripile les ados c’est qu’on ne prenne pas la peine de les écouter sous prétexte qu’on sait mieux qu’eux.
On sait mieux quelles fréquentations sont bonnes pour eux, quelle orientation ils doivent suivre pour “avoir un bon métier”. On sait mieux ce qu’ils ressentent et ce qu’ils vivent aussi : “moi aussi, à ton âge…”.
Au lieu de les écouter vraiment et de les laisser vivre leurs expériences on anticipe, on surprotège, on étouffe. Et je ne jette pas la pierre, j’ai tendance à faire pareil… Mea culpa.

Le sociologue Michel Fize décrit les 7 besoins fondamentaux des adolescents : La confiance, le dialogue, le sentiment de sécurité, l’autonomie, la responsabilité, l’affection et l’espoir.

Et si on oubliait nos positions d’adultes qui savent tout… Et qui doivent imposer à leur enfant une éducation autoritaire, parce qu’il faut bien mettre des limites. Ne sont ils pas maintenant suffisamment grands pour connaître ou expérimenter par eux même leurs propres limites?

Et si on leur faisait confiance… Bientôt ils auront le droit de vote et ils apprendront à conduire une voiture. Il serait temps qu’on les considère pour ce qu’ils sont : de futurs citoyens, de futurs adultes responsables. Bien sûr que nous sommes inquiets… Mais par chance il existe les portables qui permettent à nos ados de nous rassurer d’un petit sms!

Et si on se rendait disponible quand on voit qu’ils ne se sentent pas bien : “Je vois que tu as l’air préoccupé(e), si tu veux en parler je suis là”. Et si nous profitions des trajets pour les emmener voir les amis, ou aller au sport pour dialoguer avec eux de leurs journées. Parfois aussi ils n’ont pas envie d’en parler. Ils trouvent beaucoup de réconfort auprès de leurs amis, et c’est très bien aussi!

Et si quoi qu’il arrive, on leur montrait qu’on respecte leurs choix, et qu’on leur fait confiance pour savoir ce qui est bon pour eux… Et si on se faisait confiance pour sentir quand vraiment ça ne va pas bien, pour réagir à temps…

Et si on apprenait la communication non violente, pour faciliter les échanges parfois tendus avec nos ados qui ont besoin de s’affirmer…

Et si on arrêtait d’utiliser sans cesse cette expression si négative de “crise d’adolescence”… Parce qu’en vérité, il n’y a de crise que quand la communication est devenue impossible. Que quand les besoins de nos enfants ne sont pas respectés. Tout le reste n’est qu’une évolution normale. Et personnellement, j’aime à penser que je grandis tout autant que mes enfants à leur contact. Je continue de changer, de m’adapter, je fais de mon mieux.

 

Et chez vous, c’est comment avec vos ados?

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Commentaire sur “La crise d’ado n’existe pas.

  • Mam's Angélique

    Ma chère accolyte Mam’s Delphine,

    Je ne traverse pas encore personnellement ce cas concret bien que le Pirate ait parfois les comportements clichés de l’ado dit en crise 😱

    J’ai médité sur ce mot de crise suite à la lecture de ton billet parce que je suis partagée.
    Tel que tu le décris je suis plutôt en accord avec cette vision.
    Cependant, pour moi une crise n’est pas forcément connotée négativement. C’est une période de remaniements et il me semble que ceux si soit nécessaires et de fait à cette période de la vie.
    Il s’agit pour l’enfant d’advenir adultes dans un double mouvement d’identification et d’individuation.

    Mais effectivement cela n’a pas lieu de se faire forcément dans la rupture et la rage. L’accompagnement, l’acceptation et la bienveillance des parents favorise très probablement un passage en douceur ❤️